La chloramine T est un désinfectant puissant que l’on utilise en bassin à carpes koï pour traiter certaines maladies bactériennes et parasitaires. Son usage doit être précis, car c’est un produit très efficace mais potentiellement toxique pour les poissons en cas de surdosage.
Ref: Plumb, J. A. – Health Maintenance and Principal Microbial Diseases of Cultured Fishes
Éditeur : Wiley-Blackwell
À quoi sert la chloramine T en bassin à koï ?
Elle est principalement utilisée contre les infections bactériennes externes (ulcères, nageoires abîmées), les parasites externes ( costia, trichodina et chilodonella) ainsi que les débuts de saprolegnia (champignon coton). Elle agit comme un antiseptique oxydant.
Mode d’emploi pas à pas
Il faut d’abord mesurer précisément le volume réel du bassin. Ensuite, dissoudre la chloramine T dans un seau d’eau tiède, puis répartir lentement la solution sur toute la surface du bassin. L’UVC doit être coupé pendant le traitement. Le temps d’action est de 24 heures. L’UVC peut être remis en service après .
Paramètres idéaux pour le traitement avec la chloramine T
La température de l’eau doit être au minimum de 10°C. Une oxygénation forte est indispensable. Un KH supérieur à 5° est recommandé. Le pH doit rester stable, idéalement entre 7 et 8.
le pH est un facteur déterminant dans l’efficacité et la dangerosité de la chloramine T. Si on n’en parle pas, l’explication est incomplète.
En pratique, on devrait toujours raisonner : dosage = fonction du pH.
Pourquoi le pH change tout avec la chloramine T
La chloramine T libère du chlore actif (sous forme d’espèces chlorées oxydantes). Or ces espèces existent sous plusieurs formes chimiques selon le pH.
À pH bas (eau acide, < 6.5)
La forme dominante est beaucoup plus réactive. Le pouvoir oxydant est maximal.
Conséquence : efficacité très forte sur parasites et bactéries, mais toxicité extrême pour les branchies. Le même dosage devient un surdosage physiologique.
À pH neutre (7–8)
On est dans la zone idéale. Bon compromis entre efficacité et sécurité.
C’est le pH de référence utilisé pour les dosages “standards”. En gros 10/15 g /m3.
À pH élevé (> 8)
La forme chimique est beaucoup moins active.
Conséquence : efficacité fortement réduite. On a l’impression que le traitement “ne marche pas”.
Mais augmenter le dosage de façon disproportionnée devient dangereux car on accumule des sous-produits toxiques. En gros ne pas dépasser 20g/m3.
En clair : le même dosage n’a pas du tout le même effet selon le pH.
Ce que ça implique concrètement en bassin à koï
Exemple réel avec un dosage “standard” de 15 g / 1 000 L :
pH 6,8 → traitement très agressif, risque brûlure branchiale
pH 7,2 → efficacité optimale
pH 8,2 → efficacité plus faible, parasites souvent survivants
Interaction pH – redox – toxicité
Le pH influence aussi indirectement le redox :
À pH bas :
Les espèces oxydantes sont plus stables → oxydation brutale → chute redox violente.
À pH haut :
Oxydation lente → accumulation de sous-produits → chute redox plus longue.
Donc le pH contrôle à la fois :
- la vitesse de réaction
- la toxicité
- l’impact redox
- l’efficacité réelle du traitement
Règle professionnelle (celle que peu d’aquaculteurs amateurs appliquent)
Avant toute chloramine T (et autres oxydants puissant, type permanganate) : toujours mesurer pH et KH.
Zone de traitement sûre :
pH idéal : 7,0 à 8,00
KH : 4 à 6
Pourquoi on n’en parle presque jamais
Parce que la plupart des fiches “grand public” donnent un dosage fixe, simple, vendable.
Mais en réalité, la chloramine T est un produit de chimie fine, pas un médicament “plug and play” qui n’existe d’ailleurs pas!
Sans intégrer le pH, on fait de la roulette russe : même dose, effets totalement différents selon le bassin.
C’est d’ailleurs pour ça que dans les élevages professionnels, le protocole réel est :pH → KH → température → oxygène → puis seulement dosage.
Fréquence de traitement
En général, un seul traitement suffit. En cas d’infestation lourde, il est possible de renouveler après 5 à 7 jours. Il ne faut guère dépasser trois traitements sur une période de 15 jours.
La Chloramine et le sel
Si il ne faut jamais surdoser, car cela provoque des brûlures des branchies. Il ne faut pas mélanger la chloramine T avec du formol, du permanganate ou du sel.
L’utilisation sel+ chloramine est plutôt déconseillée. En cas d’atteinte très forte au niveau des ouïes on peut (en bac hôpital séparé) tenter le tout pour le tout…Il faut néanmoins diviser impérativement par deux la dose de chloramine.
La chloramine T est déjà un oxydant chloré. En présence de sel (NaCl), on augmente fortement la disponibilité en ions chlorure (Cl⁻).
Concrètement, le sel booste le pouvoir oxydant réel de la chloramine T. Le dosage “normal” devient chimiquement un surdosage
Réf: /Boyd, C. E. – Water Quality in Ponds for Aquaculture
Éditeur : Auburn University Press
Les branchies sont des membranes ioniques très fines. Le sel augmente leur perméabilité. La chloramine T est un oxydant très pénétrant.
L’utilisation conjointe à dose « élevée »normale » donne :
- entrée massive d’oxydants dans l’épithélium branchial
- destruction du mucus protecteur
- lésions cellulaires accélérées
- risque de nécrose branchiale
Donc le sel multiplie la toxicité branchiale de la chloramine T.
Le sel impose déjà un stress osmotique aux koïs. La chloramine T impose, elle, un stress oxydatif.
Les deux en même temps :
- augmentation de la respiration
- déséquilibre ionique (Na⁺ / K⁺ / Cl⁻)
- chute de l’oxygénation sanguine
- risque de collapsus respiratoire
Ce n’est pas une addition des risques, c’est une multiplication.
Dans un bassin on ne met jamais les deux ensemble.
On attend en général 4 à 5 jours. On attend toujours :
- fin du traitement chloramine
- changement d’eau
- stabilisation ORP / oxygène
Puis seulement on peut saler.
Le sel ne “protège pas” contre la chloramine T. Il la rend plus toxique à des doses dites « normales« .
Chimiquement : il augmente la formation d’oxydants agressifs.
Biologiquement : il ouvre la porte des branchies.
Physiologiquement : il empêche le poisson de compenser.
Effet sur la filtration biologique
La chloramine T détruit partiellement les bactéries du filtre. Il est déconseillé de l’utiliser avec une filtration biologique fragile. Elle fait souvent chuter le potentiel redox .
Sécurité pour l’utilisateur
C’est un produit irritant et toxique. Le port de gants est obligatoire et un masque est recommandé. Il ne faut jamais inhaler la poudre. Le produit doit être stocké à l’abri de l’humidité.
Alternatives plus douces
Pour des cas plus légers, ou en prévention, on peut utiliser des produits à base de bactéries (acide lactique), du sel non iodé à raison de 2 à 3 g/L, ou améliorer l’oxygénation et le potentiel redox.
Chloramine T et redox.
On pourrait penser qu’un oxydant comme la chloramine T devrait faire monter le redox. En réalité, elle provoque presque toujours une chute du potentiel redox après application en bassin.
La chloramine T est un oxydant consommable. Chimiquement elle est un oxydant fort. Mais à l’opposé de l’oxygène dissous, elle est consommée instantanément en réagissant avec tou ce qui peut s’oxyder..Matières organiques, mucus, biofilm, bactéries , parasites…
Elle déclenche donc une oxydation massive instantanée.
Cette oxydation consomme les réserves oxydantes du milieu
Pendant la réaction, la chloramine T capte des électrons et se transforme en composés réduits (chlorures, sulfonamides, sous-produits azotés).
Le milieu devient alors plus réducteur qu’avant, car on a éliminé brutalement une grande partie du “stock oxydant” disponible.
Résultat : le potentiel redox mesuré baisse.
Destruction de la biomasse = relargage réducteur
En détruisant bactéries, algues, parasites et micro-organismes, on libère dans l’eau :
- protéines
- acides aminés
- ammonium
- composés soufrés
Tous ces composés sont hautement réducteurs.
Ils tirent le redox vers le bas.

Consommation d’oxygène dissous
Les réactions d’oxydation déclenchées par la chloramine T consomment beaucoup d’oxygène.
Or l’oxygène est le principal facteur qui maintient un redox élevé.
Moins d’oxygène = redox plus bas.
C’est exactement le même phénomène qu’avec :
- permanganate de potassium
- peroxyde d’hydrogène
- ozone mal géré
Pic oxydant court → chute redox prolongée.
Ce que l’on observe en pratique en bassin à koï
Avant traitement : redox typique : 250–320 mV
Dans les heures suivant la chloramine T : chute fréquente à : 180–220 mV
La remontée est donc progressive en 1 ou 2 jours, si une bonne filtration et forte aération sont présentes.
La chloramine T augmente l’oxydation chimique instantanément, mais fait baisser le potentiel redox global mesuré car elle consomme les capacités oxydantes du milieu, libère massivement des composés réducteurs et fait chuter l’oxygène dissous .
C’est pour ça qu’en pratique, après un traitement à la chloramine T, on observe presque toujours une eau “plus lourde”, ORP plus bas, et parfois poissons qui ventilent plus fort si l’aération est insuffisante.
D’où la règle absolue : sur-aération obligatoire pendant et après tout traitement oxydant en bassin à koï.
Timmons & Ebeling – Recirculating Aquaculture Systems
Éditeur : Cayuga Aqua Ventures
Chloramine T et température
Oui, la chloramine T est fortement dépendante de la température, et c’est même un des facteurs les plus critiques avec le pH. Ignorer la température, c’est prendre un risque réel d’inefficacité ou d’intoxication.
En chimie, toute réaction d’oxydation est accélérée par la chaleur. La chloramine T n’y échappe pas.
Plus la température augmente :
- plus la chloramine T réagit vite
- plus elle est agressive
- plus la toxicité branchiale augmente
- plus la consommation d’oxygène est forte
À l’inverse, en eau froide, elle devient lente et parfois inefficace.
Effet réel selon la température
En dessous de 10°C les réactions sont très lentes. On obtient donc une efficacité relativement faible sur parasites. C’est souvent inutile, sauf sur les bactéries superficielles. Ce qui peut être intéressant après une période très froide et que les koi ressortent un peu « roses ».
Entre 10 et 20°C (zone idéale)
C’est la plage optimale. Bon équilibre entre efficacité et sécurité. Dosages standards valables.
Entre 20 et 23°C
Efficacité très forte. Risque de stress branchial si trop dosé. Oxygénation impérative.
Au-dessus de 23°C
Zone dangereuse. Toxicité élevée. Risque réel de brûlures branchiales, hypoxie, mortalité.
Le même dosage devient un surdosage physiologique.
Pourquoi la température change tout ?
La vitesse de réaction double tous les +10°C (loi d’Arrheni). Donc à 22°C, la chloramine T agit presque deux fois plus vite qu’à 12°C.
Consommation d’oxygène
Plus l’eau est chaude moins elle contient d’oxygène. La chloramine T consomme plus également ce qui est donc un double effet négatif.
Le métabolisme des koï quand l’eau est chaude induit une respiration plus rapide. Les branchies sont plus vascularisées et absorbent plus de toxiques. Ils encaissent donc moins bien les oxydants…
Lien direct température – pH – toxicité et CHLORAMINE T
C’est là que ça devient critique : température élevée + pH bas = combo le plus dangereux possible.
Règle professionnelle simple
Ne jamais traiter à la chloramine T si :
Température < 8°C (avec dose normale)
Température > 23°C
Zone réellement sûre :
10°C à 20°C
Protocole sérieux (celui des éleveurs)
Avant traitement, toujours mesurer :
Température
pH
KH
Oxygène
La chloramine T n’est donc pas juste “température dépendante”, elle est thermo-sensible biologiquement . Ce n’est pas le produit qui change, mais ce sont les poissons qui deviennent hypersensibles.
La chloramine T est un produit très efficace.On ne doit donc pas s’affranchir de son utilisation par peur irrationnelle !
Comme tout produit de traitement, il obéit à des règles relativement simples :
Attention au PH et Kh trop bas, en dessous de 6.5 et d’un kh inférieur à 4 on oublie donc. Attention à la température de l’eau ; au-dessus de 23°C on évite et si besoin impératif on aère encore plus en diminuant la dose de moitié. En eau froide, (- de 10°C) on diminue la dose de base par deux .
Résumé simple de l’utilisation de la chloramine T
Dosage : 10/15 g pour 1 000 L avec un ph entre 7 et 8 , un kh supérieur à 5° et une température d’eau entre 10 et 22°C. Oxygénation importante obligatoire.
Durée : 24 h
Température : minimale /10°C. maximale/23°C
UVC : coupé 24 h
Oxygène : fort
Répétition : maximum 3 fois sur 15 jours
Risque pour le filtre : oui (minime si il est déjà stable et si la circulation est coupée 6/8 heures).
La chloramine T est donc un excellent traitement curatif, mais ce n’est pas un produit d’entretien contrairement au supertab. Elle doit rester un outil ponctuel, utilisé ainsi uniquement après un diagnostic réel, idéalement avec un grattage et observation au microscope.






